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Gérard
Palaprat
Dans un monde en général et un microcosme en particulier, celui de la chanson et du showbiz, où les termes d’intégrité artistique et d’honnêteté intellectuelle ne sont plus depuis fort longtemps que de vagues notions à peu près aussi concrètes et réalistes que Nessie, le Yéti et la bête du Gévaudan réunis, le contre-exemple de Gérard Palaprat s’impose comme une agréable bouffée d’air frais après une trop longue soirée dans un bar enfumé (1). Son œuvre, tranquillement étalée sur trente ans, est placée chanson après chanson sous le double signe de la spiritualité et de l’universalisme – ce qui change agréablement de celle de Michel Sardou. Né le 12 juin 1950 à Paris, ce Gémeaux ascendant Capricorne rencontre très jeune sa destinée de saltimbanque, puisqu’il intègre dès ses 12 ans l’Ecole du Spectacle de la rue du Cardinal Lemoine. Parmi ses camarades de classe, il croise Patrick Dewaere (classe !) ou encore Patrice Drevet (cla… euh, bon ok). Quelques années plus tard, il enregistre un disque vinyle à l’occasion de la fête des Pères, disque qui se révèlera le sésame pour le très sélectif Petit Conservatoire de Mireille, où il côtoie Françoise Hardy, Pascal Sevran, Hervé Christiani, Alice Dona et bien d’autres… Passionné de spectacle, on le retrouve ensuite comme figurant à l’ORTF, mais aussi comme acteur à part entière au cinéma (comme dans Trans-Europ-Express d’Alain Robbe-Grillet, excusez du peu, au côté de Jean-Louis Trintignant et de Marie-France Pisier, excusez du carrément). Le hasard (ou est-ce la destinée ?) l’attend alors de pied ferme au tournant, en la « personne » d’une absence de deux jours sur le houleux tournage de l’Hibernatus d’Edouard Molinaro (pour cause de Conseil de révision) qui lui coûteront son rôle. Plutôt que de retourner pointer à l’ANPE Spectacle, Gérard Palaprat accepte un rôle dans une comédie musicale qui se monte alors au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Ce « musical » d’une tonitruante nouveauté sur les scènes parisiennes, c’est Hair – dont le triomphe durera trois années pleines et dans lequel il interprète entre autres en solo le mémorable « Sodomie » et en duo avec Cécile Valérie « Quel parfait chef-d’œuvre est l’homme ». Il est d’ailleurs remarquable que cette comédie musicale chevelue tel le Wookie ait également lancé la carrière d’un autre Gérard, celui-ci Lenorman, dont il sera forcément question un jour ou l’autre dans ces colonnes. Les années 70 s’annoncent sous les meilleurs hospices pour Gérard Palaprat qui, dans la lancée de Hair, signe chez A.Z., maison de disques de Michel Polnareff, Michel Fugain ou Eric Charden. Tout semble lui réussir, ses 45t d’alors se révèlent l’un après l’autre des grands succès du disque. C’est l’époque de ses chansons les plus connues, véritables hymnes libertaires, humanistes et spirituels : « Pour la fin du monde », « Les Orgues de Berlin » ou « Fais-moi un signe » - avec lequel il remporte la Rose d’or du Festival de Juan-Les-Pins (coiffant au poteau le décidément incontournable Gérard Lenorman). Les disques d’or s’accumulent : « Le Bateau de Cristal », « Svasti », « Ecoute la source du bonheur », «Lady, ce n’est qu’un rêve ». (2) Ces chansons, aux textes signés de plumes aussi prestigieuses que Boris Bergman (3) ou Jean-Pierre Lang (4), chantées d’une voix haute et claire, emportées par des accords de guitare 12-cordes et enrobées d’arrangements virtuoses et variés, sont autant d’appels à la prise de conscience d’un nouveau devoir de l’humanité vis-à-vis d’elle-même : comme l’écrit le poète W.H. Auden, « we must love one another or die ». Dans ses textes comme dans ses musiques, Gérard Palaprat parcourt et chante le monde entier : les musiques celtiques des « Tambours d’Ecosse », l’Amérique du Sud de « l’Aigle de Tucuman », la Russie éternelle de « F.M. Dostoïevski », l’Inde de « Siva ». Il s’interroge aussi sur les relations entre l’Homme, la Divinité et l’Univers, souvent à travers son rapport à ce qu’on appelle Mort et qui n’est que Passage : « Le Bateau de Cristal », « Le Tremblement de Terre ». Son œuvre dessine le rêve d’une nouvelle Humanité enfin consciente d’elle-même et de son devoir de paix universelle : « L’homme, tu ressembles à Dieu », « Svasti », « Vive la Terre », « Je suis cela aussi ». Et puis, au milieu des années 70, peu enclin à se convertir aux frissons du disco ou aux stridences du punk, Gérard Palaprat décide de prendre du recul et de rejoindre en Inde son maître de Sitar, Ram Sandra Mistri. Il consacre ensuite les années 80 et 90 à diverses pratiques spirituelles – méditation, Taï Shi Shuan, médecine ayurvédique, phytothérapie etc. – seulement troublées par de réguliers galas en Europe. Il faut attendre l’an 2000 pour qu’il entreprenne l’écriture d’un nouvel album, à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Cet album, intitulé I Shin den Shin, ne verra finalement le jour que plusieurs années plus tard, hors des canaux traditionnels du showbiz puisque uniquement disponible en téléchargement légal. Espérons que la carrière exemplaire de cet artiste qui n’a jamais accepté de reléguer son message aux impératifs commerciaux ni de sacrifier son propre chemin de vie aux ors et atours du star system soit un exemple pour tous les jeunes Gérard qui – c’est notre vœu le plus cher – découvriront son œuvre grâce à ces lignes et s’attacheront à découvrir les nobles balades de ce troubadour pacifique et aimant, personnification de ce qu’une certaine époque, au-delà de toutes les étiquettes faciles et réductrices (hippie, baba-cool, soixante-huitarde etc.), a apporté de meilleur à l’humanité et à l’histoire de la chanson française. Gérard Mensoif (Retrouver Gérard Mensoif et sa science musicale dans les pages musique de Gérard Magazine version papier, dès février 2008 en kiosque!) (1) Allusion à une époque où il était encore possible de fumer dans les bars, cafés et autres lieux de perdition. Les enfants nés après le 1er janvier 2008 n’ont bien entendu aucune idée de ce dont je parle. Mais en même temps il est peu probable qu’ils aient déjà appris à lire. (2) Les témoignages vidéos de cette époque sont rares (encore que les archives de l’INA mériteraient sans doute d’être explorées), mais l’on peut découvrir sur le site Dailymotion un extrait d’un « Top à Johnny Hallyday » du 18 mars 1972 où notre grand Jojo national présente Gérard Palaprat et fait le lancement de son 45t d’alors, « Pour la fin du monde » : www.dailymotion.com/video/x2h3vl_johnny-hallyday-183-72-avec-gerard_music (3) Parolier incontournable de la chanson française, il signe pour Palaprat l’adaptation du « Space Oddity » de David Bowie sous le titre « Un homme a disparu dans le ciel ». Ce morceau sera, trente ans après sa première sortie, incorporé à une compilation de reprises décalées réalisée par Béatrice Ardisson pour l’émission « Paris Dernière ». (4) Lequel sera ensuite le parolier attitré de Pierre Bachelet. Ecouter Palaprat aujourd’hui On peut, bien entendu, attendre patiemment que l’un ou l’autre de ses titres soit diffusé par l’excellente webradio Bide et Musique (cf. la fiche artiste ici : www.bide-et-musique.com/artist/897.html). Mais pour qui voudrait en profiter où et quand il veut, il reste quelques autres solutions moins contraignantes. Peu de disques restent disponibles, mais on trouve encore très facilement, et pour un prix modique, une compilation de ses plus grands succès des années 70, intitulé « Fais-moi un signe » (réédition 2002 par CD Malins). Son dernier album, « I Shin den Shin » est disponible en téléchargement légal sur le site abs-bellissima.com : www.abs-bellissima.com/index.php?page=liste&idalb=645 Le site « En avant la Zizique » propose quand à lui des 45t et 33t d’époque, pour les amateurs de rondelles de vinyle : http://sgbd.kletel.net/4DAction/Ziz_R_Artiste/?Rapide=palaprat Le
site perso de Gérard Palaprat: http://www.gerardpalaprat.com/
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