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Benjamin Fau
Le Prix de l’Inaperçu
est un prix littéraire destiné à récompenser des ouvrages, livres, récits
ou recueils de nouvelles, qui, en dépit de leurs qualités de style et/ou
de fond, n’ont pas reçu l’accueil médiatique qu’ils méritaient et
n’ont pas « rencontré leur public », comme on dit quand on
pratique la litote inconsciente. Le système actuel de l’édition française
semble obliger les éditeurs à publier de plus en plus de livres chaque
année. Je fais partie des gens qui pensent que c’est malheureux, et que
l’on publie trop de livres en France actuellement. Dans le même temps,
la place accordée à la littérature dans les médias n’augmente pas en
proportion, et diminue même souvent. Là encore, je ne peux que le
regretter amèrement. De même, la place accordée par les libraires aux
nouveautés n’est pas extensible indéfiniment : ceux‐ci doivent
opérer une sélection drastique dans la masse des livres qui leur
parvient. Les chances pour qu’un ouvrage de qualité ne soit remarqué
ni par les journalistes spécialisés, ni les libraires, sont donc de plus
en plus grandes – difficile pour lui dans ce cas d’accéder à un
large lectorat, sauf phénomène de bouche-à-oreilles rarissime. Le Prix
de l’Inaperçu entend ainsi récompenser des ouvrages qui sont « passés
entre les mailles » de la critique et de la médiatisation. Ce qui ne
signifie nullement se substituer au travail de critique et de promotion
effectué par journalistes, libraires, bloggeurs ou contributeurs de sites
communautaires, mais tenter d’apporter un nouveau coup de projecteur sur
des ouvrages auxquels ont manqué l’éclairage mérité. Et si je fais
des phrases trop compliquées ou grammaticalement fautives, surtout, ne
m’arrêtez pas. Vous et les
deux larrons avec qui vous formez le comité organisateur de ce prix êtes
tous trois plus ou moins directement impliqués dans la cérémonie des Gérard
du cinéma et de la télévision, dont le fondateur est par ailleurs
membre du jury du prix. Faut-il en déduire que le Prix de l'Inaperçu est
un genre de "Gérard de la littérature?" Absolument pas.
Les Gérard du cinéma et de la télévision sont, de l’aveu même de
leurs concepteurs, des parodies de cérémonies. Très drôles, certes,
pour qui apprécie l’humour sophistiqué et glacé, mais des parodies
malgré tout, qui s’attaquent autant au grand barnum médiatique des
remises de hochets cu-culturelles qu’à la qualité (ou le plus souvent
quand même, la non-qualité) des œuvres mises en cause. Je ne pense pas,
par exemple, que le fait de décerner un Gérard du Cinéma à « Astérix
aux Jeux Olympiques » ait encouragé encore plus de gens à aller
voir cette dau… ce film. A l’opposé, le Prix de l’Inaperçu entend
récompenser un vrai bon livre-qu’il-est-bien-à-lire-et-que-c’est-dommage-qu’on-n’ait-pas-su-plus-tôt-que-ça-existait.
Alors, bon, évidemment, cela va sans dire, nonobstant et tout ça :
c’est quand même grâce à cette proximité avec l’académie des Gérard
que je suis interviewé aujourd’hui dans « Gérard Magazine »,
hein. Mais alors,
quitte à déduire des choses inavouables, faut-il déduire que vous avez
monté ce prix dans l'intention de promouvoir honteusement vos propres
livres, notamment votre dernier roman "La route sous nos pas" ? Absolument pas.
Il est bien entendu totalement exclu qu’un de mes propres livres soit sélectionné
pour le prix de l’Inaperçu. Il faut avouer quand même que les critères
de sélection de l’Inaperçu ont plus ou moins été calqués sur la
carrière météorique de « La Route sous nos pas » à la
rentrée de septembre 2008 : pas assez de ventes pour que l’éditeur
s’y retrouve financièrement (encore moins l’auteur, inutile de le préciser),
une couverture médiatique étique frisant l’invisible. Mais enfin,
s’auto-sélectionner serait d’une auto-complaisance frisant à l’auto-onanisme,
ce qui est une sorte de pléonasme pouvant se révéler douloureux –
surtout avec les tractions avant. Mais alors,
mais alors, est-donc que le Prix de l'Inaperçu est un vrai prix littéraire?
Sérieux et tout? Mais alors, mais
alors, est-ce donc que vous seriez un vrai journaliste ? Sérieux et
tout ? Oui, bon, eh, épargnez-moi les sous-entendus insultants, ça vous épargnera mes quolibets sur votre nouvelle coupe de cheveux. Revenons à vos moutons: vous vous posez donc officiellement concurrent des Goncourt, Flore, Fémina, Interallié et consorts. Justement, que pensez-vous de ces prix ? Absolument pas
en concurrents, mais en complément. Si l’on avait voulu se poser en
concurrents des prix existants, il aurait fallu travailler sur le même
corpus de textes qu’eux, et rendre notre verdict à peu près en même
temps qu’eux. Nous nous intéressons précisément aux livres que tous
ces prix ont laissés de côté, et n’ont d’ailleurs même pas aperçus.
Ce ne sont pas forcément des publications de petits éditeurs,
d’ailleurs : on peut très bien passer inaperçu en étant publié
chez un nabab de l’édition germano-pratino-bla bla, pour peu que l’on
se retrouver coincé entre deux ou trois « grands noms » publiés
en même temps que nous et qui attirent toutes les attentions. Le
Goncourt, le Médicis, le Fémina et j’en passe, sont des prix
institutionnels, avec les avantages (tout le monde en parle et cela fait
– plus ou moins – vendre les lauréats) et les inconvénients (tout le
monde se connait dans le petit monde du livre parisien, donc tout le monde
tente d’influencer tout le monde dès qu’il y a quelques milliers de
ventes supplémentaires dans la balance, et au final les palmarès
ressemblent à des compromis négociés) que cela comporte. Signalons
quand même que le prix de Flore s’est définitivement vautré dans le
n’importe quoi l’hiver dernier, et que cela n’a pas été sans lien
avec la naissance de l’idée du prix de l’Inaperçu : créé en
1994 par Frédéric Beigbeder avec pour mission de « couronner un
jeune auteur au talent prometteur », il a été décerné cette année
à Amélie Nothomb. Jeune. Talent. Prometteur. Amélie Nothomb. Voilà,
voilà… Ca ressemble quand même pas mal à un enterrement de concept en
grande pompe. Un peu comme si l’Inaperçu remettait un prix spécial à
Jean d’Ormesson pour l’ensemble de son œuvre. Quel avenir rêvez
vous pour le Prix de l'Inaperçu? Dans l’immédiat,
j’aimerais que le plus grand public possible jette un œil (même
distrait, c’est déjà ça) sur les textes sélectionnés pour l’Inaperçu
2008. Tout simplement parce que ce sont, à mes yeux et après les y avoir
jetés, vraiment de bons textes qui n’ont jusqu’ici pas suffisamment
eu de chances d’être lus ou seulement parcourus. La majorité des
livres sélectionnés ne sont même plus disponibles simplement en
librairie, six ou trois mois après leur sortie : impossible de
tomber dessus par hasard en parcourant du regard une devanture ou un étal.
Pour pouvoir les ouvrir, les parcourir, leur donner leur chance, il faut
les connaître, connaître leurs titres et passer commande. Plus de
rencontres fortuites ? A nous, entre autres, d’essayer de provoquer
ces rencontres. Le dernier
livre que vous avez kiffé grave sa race ? Impossible de
l’avouer ici et pour le moment, car il fait partie de la sélection 2008
du Prix de l’Inaperçu, et je ne veux pas qu’on puisse m’accuser
d’essayer d’influencer le jury (bien que je pense que le jury de l’Inaperçu
n’a strictement rien à battre de mon avis, hein…) Le dernier
livre que vous avez eu envie de propulser dans une poubelle? En parler ici ou
ailleurs lui ferait déjà trop de publicité. Votre top 5 définitif
des meilleurs livres de tous les temps? Votre top 5 définitif
des questions les plus stupides de tous les temps ? Oh, un peu de
respect pour le journalisme. Pourquoi êtes-vous si mauvais? Parce que je vais rater le concert de Radiohead à Bercy le 10 juin prochain, figurez-vous, à cause de la remise du prix de l’Inaperçu (à 21h au Café de l’Industrie, 15 rue Saint Sabin, métro Bastille ou Saint Sabin), et ça me les broute menu. J’avais ma place, c’était complet depuis des mois et tout et tout. En plus, je suis allé chez le coiffeur il y a deux jours, je n’ai du coup quasiment plus un poil sur le caillou, et, au moment où je vous parle, une crampe me découpe le pied en petits éclats de douleurs. Alors expliquez-moi comment je pourrais demeurer gai et primesautier ? Hein ? Hein ? Voilà : je ne peux pas. Pour
tout savoir sur le Prix de l'Inaperçu: www.prixdelinapercu.fr |