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Avec
Gauthier Fourcade, c'est Noël en juillet: profitez d'un tarif
préférentiel pour les quatre prochaines représentations ! Gérard
Fourcade: l'interview Bon
alors, ça fait quoi, d’être interviewé dans Gérard Magazine ? Un
trac monstre. Gérard Ment eut une telle pression. Vous revenez au théâtre Rive Gauche avec « Le secret du temps plié », qui traîne déjà derrière lui un petit succès d’estime. Est-ce un spectacle susceptible de plaire à un Gérard, ou s’adresse-t-il à d’autres prénoms ? Au départ, le public ciblé était effectivement les Gérard. Et le premier soir il n’y avait que des Gérard dans la salle. Mais à ma grande surprise, dès le second soir j’ai pu voir sur la liste des réservations un Bruno et une Sophie. Et d’un soir sur l’autre j’ai eu de plus en plus de prénoms inattendus, tels Léandre-Maxipose ou Mordule-Shofnoschof. Le fait que le personnage que j’incarne n’ait pas de prénom déclaré y est peut-être pour beaucoup : chacun peut s’identifier. D’ailleurs, comment la définir, cette pièce ? Une pièce sur le temps ? Sur l’amour ? Sur un mec qui n’arrive pas à s’endormir ? Un fou ? Oui. Etre assis sur scène dès l’ouverture des portes pendant que la salle se remplit placidement, c’est une manière de conjurer le trac ? Je
n’ai pas encore lu la Conjuration des Imbéciles, ce livre dont vous
avez si bien parlé dans le numéro précédent. Alors en attendant on
conjure ce qu’on a sous la main. Niveau coiffure, vous êtes plutôt du genre tignasse, mais on voit bien que vous vous dégarnissez sur le derrière du crâne : est-ce car vous avez abusé des jeux de mots tirés par les cheveux ? Ouiiin !
(L’artiste sanglote en se roulant par terre et appelant sa maman, qui ne
vient pas car elle habite trop loin) Bon, je suis mauvaise langue, vos jeux de mots sont en réalité d’une habileté qui force le respect. Au point que j’en viens à me dire que le texte du spectacle mériterait aussi d’être lu. Est-il édité quelque part ? (Se
remettant difficilement) Oui, aux éd…
aux édition du Ja… du Jardin d’Essai. Mais on peut le
commander sur mon si… sur mon site ( www.gauthier-fourcade.com) On vous compare souvent à Raymond Devos en raison de votre goût immodéré pour les jeux de mots, mais avec « Le secret du temps plié », je trouve ça un peu réducteur. Le côté obsessionnel et limite fou du personnage, son goût pour la démonstration scientifique, le schéma… j’y ai trouvé un petit air de professeur Rollin aussi. Est-ce une référence que vous revendiquez ? Je vais répondre sérieusement : j’ai été influencé par mes glorieux aînés, Devos en tête, mais aussi par les humoristes de mon époque. Or ce qui s’est répandu il y a une vingtaine d’année, c'est-à-dire au moment où je débutais, ce sont des solos d’humour d’un seul tenant, pas compartimentés en sketchs. C’est ainsi que travaillent Saïda Churchill, Jean-Jacques Vanier, Vincent Roca, Ged Marlon et bien d’autres. Finalement tous ceux qui veulent se démarquer du comique de télévision. Je ne sais pas qui de Romain Bouteille ou de François Rollin a le premier proposé ce genre de solo. Peut-être est-ce quelqu’un d’autre ? Il est certain en tous cas que Rollin a influencé Roca et Vanier tandis que Romain Bouteille a influencé Saïda. Et Vanier, Saïda Churchill et Roca m’ont influencé à leur tour. J’ai compris à travers eux que la continuité était la forme moderne de l’humour. J’ai d’abord réalisé un compromis avec « Si j’étais un arbre » qui proposait une quasi continuité. Or je me souviens de votre critique sur Ou-pas.net de ce spectacle. Elle était vraiment dithyrambique mais avec ce petit bémol : vous remarquiez qu’il n’aurait pas manqué grand-chose pour éviter les noirs entre les sketchs. Cette remarque a contribué à me convaincre définitivement. Avec Marc Gélas (qui vous a aidé à écrire ce spectacle) et les quelques autres que vous venez de citer, vous appartenez à une génération d’humoristes qui traversent les années en restant exigeants et pointus, qui ont leur petit public, mais qu’on ne voit jamais nulle part alors que la télé déborde de stand-uppers qui ont à la fois la moitié de votre âge et de votre inspiration. Quel regard portez-vous sur cette incohérence un peu injuste ? Je ne regarde pas beaucoup la télévision (sauf pour les reportages et le cinéma). Quand je tombe sur ce qu’on appelle des émissions de divertissement, ça me déprime car je ne sais plus si c’est l’homme qui descend du singe ou l’inverse. Mais quand je pense au talent de Marc Gelas je retrouve bonne humeur et foi en l’humanité. Si
vous étiez promu ministre de la culture, quelle serait votre première
mesure ? Je
pense qu’il manque une « culture passerelle » entre la
culture de divertissement et LA Culture. La première est abandonnée aux
marchands et donne aux gens ce qu’ils veulent et évitant tout ce qui
pourrait surprendre et dérouter, la deuxième, subventionnée, se croit
obligée de n’avoir rien qui puisse l’apparenter à du divertissement.
Du coup, même si elle propose souvent de véritables merveilles, ces
perles sont indigestes pour un public non averti. Ainsi l’écart se
creuse entre deux mondes : une masse qui s’abrutit devant des
programmes qui n’ont d’autre objectif que de créer du « temps
de cerveau disponible » (Patrick Lelay TF1), une élite de plus en
plus en plus réduite qui assiste à des spectacles de plus en plus
pointus. Gérard
Fourcade, pourquoi y a t-il écrit « Gauthier » Fourcade sur
l’affiche de votre spectacle ? C’est par référence à Gauthier Fourcade, un humoriste que j’aime beaucoup. Gérard
Fourcade, quel Gauthier célèbre auriez vous aimé être ? Lorsque
j’ai lu la vie de Saint Gauthier, j’ai presque regretté de
m’appeler Gérard, car c’était un original celui-là ! Y’en a
qui veulent être calife à la place du calife, lui c’est tout le
contraire. Quelle est la question (et sa réponse) que j’ai oublié de vous poser et à laquelle vous avez vraiment envie de répondre ? Comment
se fait-il que quand, lorsque vers enfin, trois fois et demi douze et son
contraire fond la queue pour entrer dans l’épicerie du coin ?
Mais je n’ai pas la réponse, pour l’instant. Dernière petite question avant de nous dire au revoir : la femme que vous attendez au début du spectacle… finalement, elle est revenue ? Au revoir. |