La sélection livresque de Gérard du Nord

Octobre 2007: rentrée littéraire

Gérard et cher (Aucun lien de parenté avec Stephane)

Un Gérard Magazine ne saurait faire l’économie d’une chronique littéraire. Les Gérards lisent, écrivent, tout autant qu’ils braillent à la lune ou qu’ils mangent et dorment. Dès le mois d’août, nous avons donc appelé les attachées de presse pour qu’elles (il n’y avait que des femmes, en effet) nous envoient le plus vite possible la « rentrée des Gérards », c’est-à-dire tous les livres écrit par des Gérards. Car telle était notre intention : rendre aux Gérards une littérature qui leur appartient. Bien sûr, certaines de nos interlocutrices n’ont pas donné suite, certaines ont cru à un canular, d’autres ont lancé quelques insultes bien senties à l’endroit de notre virilité défaillante, d’autres encore… Passons ! Une dizaine de ces demoiselles du téléphone éditorial ont pourtant fait leur travail et nous ont envoyé ce qu’elles pouvaient. C’est-à-dire, presque rien ou pas grand-chose. Force est de constater que sur les 700 romans de la rentrée, il n’est pas une dizaine qui soit écrit par un Gérard. Force est de constater que sur les 700 romans en questions, les Gérards ont peu ou prou écrit les plus mauvais. Pour la forme, rassurons notre ophtalmologue, nous n’avons pas lu les 700 : ce n’est qu’un jugement à l’emporte-pièce parmi d’autres. Néanmoins quelques réflexions s’imposent. 

La première, c’est que pour une fois la littérature contemporaine est à la hauteur de celle des siècles passés. Pas de Gérard, aujourd’hui, parce que pas de Gérard, hier. La raison en est mystérieuse et nous ne devons nos hypothèses actuelles qu’au travail bien oublié d’un historien de la littérature, Gérard de l’Est, un lointain parent, qui commettait un opuscule à compte d’auteur dans les années 50 : La question Gérard. Entre autres considérations flagellatrices, le dit Gérard de l’Est revenait sur le déterminisme parfaitement anti-littéraire et cacophonique du prénom. Gérard, ça sonne mal pour un poète. Sauf exception bien sûr. Mais reconnaissons que Gérard Rimbaud, Gérard Hugo, Gérard Baudelaire, Gérard Valéry ou Saint-Gérard Perse, ça n’est pas terrible. Si l’on appelle son rejeton Gérard, quelles que soient ses dispositions pour les lettres, gageons qu’il ne sera – au mieux –  que critique ou universitaire (ainsi Gérard Genette). Certes, on me dira avec raison que la logique du déterminine prénominal est tout à fait fantaisiste, mais l’histoire lui donne franchement raison. 

Le seconde réflexion, c’est qu’il doit bien y avoir du Gérard caché. Si le Gérard ne s’autorise, qu’en est-il du Gérard sous pseudonyme ? Pour les plus limités d’entre nos lecteurs, il faut s’expliquer : il ne s’agit en aucune manière de prendre Gérard pour pseudonyme (la plus sûr façon d’être littéraire comme mon oncle est ma tante) mais d’un Gérard qui court la muse en se faisant passer pour un Marcel, un Victor, un Charles ou un Arthur. Oui, je sais, ce n’est pas simple, mais c’est comme ça... Sûr de notre hypothèse, nous avons tâté les patronymes les plus célèbres du patrimoine, secoués, découpés en tranches, dilués dans l’urine de cheval, bref : nous avons cherché le Gérard caché. Mais, après une semaine d’effort, de Gérard, nib ! Rien ! Le Désert des Gérards ! Comme le héros d’un roman célèbre, nous guettâmes (rien à voir avec David) un Gérard qui ne viendra jamais. Mais sans doute est-ce là le plaisant esprit de notre destin farceur. Si je deviens – l’espace d’une nuit, pourquoi pas ? – dramaturge, j’écrirais mon En attendant Gérard

Notre troisième réflexion s’engendre des deux premières. A tout prendre, cela ressemble bien à quelque chose de calculé. Aussi peu de Gérard en littérature ne s’explique que par l’évitement ou l’ostracisme. Première possibilité : pour une raison ou pour une autre, les Gérards sont de tels écrivains que toutes leurs œuvres ont été brûlées et leurs noms occultés par la coupable conscience collective. Peut-être, tout simplement, l’intensité du rayonnement artistique d’un Gérard risque-t-il de décourager toute vélléité créatrice de la part des non-gérard ? Cet argument mérite d’être débattu en cour de récréation, certes. Mais s’il y avait un fond de vrai ? De même que les anciens hébreux ne disaient jamais le nom de leur Dieu, de même les écrivains ne s’appellent-ils jamais Gérard… Parce qu’à l’origine de toute Illiade et de tout Club des Cinq, il y a un Gérard primitif, un Gérard originel, le Ur-Gérard… Au stade actuel de nos investigations, il nous faut encore demander à notre cheval (qui s’appelle Gérard, lui aussi), mais nous tiendrons notre lecteur informé, ces prochains mois… Il existe cependant une autre possibilité qui nous titille la phalange. Et si le Gérard était l’avenir de la littérature ? Si l’on avait réservé au dépassement artistique à venir de se prénommer Gérard ? S’il appartenait aux Gérards de terminer la littérature plutôt que de la fonder ? Ici aussi, le débat est lancé – qui se poursuivra dans ces pages électroniques… Mais rassurons notre lecteur angoissé : nous n’omettrons cependant pas de parler des quelques Gérards qui se battent pour survivre malgré ce Fatum cruel. Attendons peut-être également de leur lecture, la solution de cette passionnante énigme.

Gérard du Nord

 

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