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Nage au milieu d'un banc de requin,
Par
essence, un Gérard n'a pas froid aux yeux. D'Aboville n'échappe pas à
la règle. Et si les plus jeunes s'intéressent plus aux exploits
nocturnes des artistes bidons issus de la télé réalité, c'est bien évidemment
que les véritables héros restent le plus souvent dans l'ombre... Mais
les plus âgés n'ont pas pu oublier les pérégrinations du « flibustier
de la rame ». A la force du poignet, il a mis au pas tous les océans
qui baignent notre globe. Aussi, six ans après son dernier exploit - une
traversée du Pôle Nord en avion monomoteur sans instruments électroniques
– ai-je décidé de reprendre sa trace afin de savoir dans quelle partie
reculée du monde le « Lonely Boy » traine ses guêtres. Né
en 45, Gérard D'Aboville est issue d'une lignée de noblesse décadente
intimement liée à l'Histoire de France. Son service militaire, qu'il
effectue dans les paras en 1967, marque un tournant dans la trajectoire
d'un fils de famille que tout destinait à servir la France. Il ne
supporte ni discipline ni promiscuité. C'est décidé, il sera
l'Insoumis, il sera le Reno Raines de la famille. Le
10 juillet 1980, Gérard prend l'aviron par les cornes et part traverser
l’Atlantique à la fraîche, en solo... Cape Cod to l'Ile d'Ouessant :
71 jours plus tard, avec 2800 miles au compteur et 8 kilos de moins, il
rentre chez lui. Après avoir honoré Madame, verre de lait à la main,
debout sur sa terrasse au soleil couchant, il déclare sans préliminaire
à son voisin : “S’il y a une chose dont je suis sûr, c’est
que jamais je ne repartirai dans une telle galère !” Et vogue la
galère, le 11 juillet 1991, notre Gégé remet le couvert. Au menu,
croisière “à l’ancienne” de
Choshi, une petite île de pêcheurs à 300 km de Tokyo, pour arriver 134
jours plus tard au port d'Ilwaco, près de Portland. Et pour ramer, il va
ramer le Gégé... Son mini-catamaran de fabrication artisanale lui
garantit un confort dont les passagers du Pacific Princess (La
Croisiere s’amuse) n’auraient même pas osé rêver : 1.60 mètres
de largeur pour entasser couchette et siège en caoutchouc, 8 mètres de
longueur telle une monoplace amphibie, des cloisons étanches, un système
de ballasts afin de retourner le bateau quand une déferlante de quelques
dizaines de mètres s’invite au voyage et sa feuille de route, pour un
bonheur de tous les instants... Veinard va ! Notre héros sait rester
humble et lorsqu'il débarque à Portland où l'attend l’Amiral de
Kersauzon, il déclare : "je n'ai pas vaincu le Pacifique, il m’a
laissé passé". Sacré farceur ! Dans
son récit de voyage, Seul, il raconte avec désinvolture comment
il a su échapper à quelque 34 chavirements et autres parties de jambes
en l’air avec des camarades mammifères marins de plusieurs tonnes! Voilà
un aventurier moderne, un vrai dans la lignée des Blériot, Lacoste ou
autre Roger- Martin Courtial des Pereires. Aujourd’hui,
rattrapé par l'âge, il a rangé la rame au vestiaire. Mais n'allez pas
imaginer qu'il se morfond comme un anachorète hypocondriaque au fond de
la capitainerie. Il semble mener rondement sa barque : il a pris la
direction de la Fondation du Patrimoine Martime. Depuis, il se donne complètement
à l'Autre. L’homme aux mains palmées anime des séminaires et autres
évènements de relations publiques à partir du site glamourspeaker.com. Dernièrement,
l’incorrigible s’est présenté aux législatives en candidat indépendant
dans la IIe circonscription du Morbihan. Battu cette fois-ci dans les
urnes, qui sait où le mènera ce dernier naufrage ? Gérard D'Aboville
n'a pas encore jeté sa dernière bouteille à la mer. Alors, plutôt que
d'écouter les dernières fadesses de la chanson française, je préfère
coller mon oreille sur une coquille St-Jacques de chez Picard pour
entendre le chant mélodieux de l'océan me rapeller que je suis en vie.
Merci Gérard. Depuis Massy 91300, |