Gérard de Villiers, ou l'homme qui en avait
(des relations - sexuelles et internationales)

« C’était quand même une sacrée soirée ! Il n’aurait jamais pensé que cette petite villageoise vienne jusque-là pour se faire baiser. Fièrement, il en conclut que les Kosovars devraient avoir des petites queues. »

Comme souvent, le dernier épisode de la série des SAS, L’agenda Kosovo (Editions Gérard de Villiers, janvier 2008), commence par une bonne baise, car, on a beau dire, cela détend. De cette manière, l’auteur évite subtilement l’angoisse des scènes d’expositions et autres incipit. Rien d’original ici : beaucoup de romans d’espionnages cèdent à la même facilité – qui a l’avantage de ne pas tromper le lecteur sur ce qu’il lit. Techniquement, c’est plus simple, de toute façon. Il suffit de trouver des fesses, un homme viril, et un décor en rapport avec le théâtre du livre. Voilà. Ça, c’est fait. Et si les fesses sont prolongées par une opulente poitrine en rapport avec des capacités pulmonaires tout aussi exceptionnelles, c’est encore mieux. Avec un peu de chance, les fesses « couinent », « feulent », « râlent »…

Quand on dit « fesses », ici, il faut entendre « femmes », bien sûr. Un féminisme hystérique et intégriste voudraient faire passer Gérard de Villiers pour un affreux machiste : c’est vrai. Disons que ce Gérard-là n’a pas peur de dire ce qui revient aux hommes, ni d’avouer ce qu’il aime chez les femmes. Les Gérard ne sont pas des lavettes, on le sait. Ils bandent dur, ils ne font pas dans le refoulement idiot d’un désir de prédation sexuelle sauvage : des hommes, des vrais.

« Malko ne tarda pas à exploser au fond de son ventre. À peine rajusté, il appuya sur le bouton de l’ascenseur et fit face à Karin Steyr qui, elle aussi, venait de reprendre une attitude plus digne. “C’est gentil d’être venue, dit-il. Moi aussi, j’avais envie de baiser.” Stupéfaite, Karin se laissa pousser dans la cabine de l’ascenseur dont les portes se refermèrent. »

C’est ainsi qu’on contourne la loi anti-tabac dans les hôtels. Après l’amour, on prend l’ascenseur. C’est moins dangereux pour la santé.

Les femmes, Malko Linge, le héros de Gérard de Villiers, leur rend visite. Il n’hésite pas à prendre l’avion pour une destination lointaine (ou pas) tant qu’il y a un peu de sous à gagner pour entretenir son vieux château d’aristocrate autrichien – et tant que les femmes en valent la peine. C’est un avantage en nature. Et reconnaissons-le, Gérard de Villiers, qu’on accusa maintes fois d’être raciste, ne l’est pas avec les femmes. Son héros les aime de toutes origines et de toutes confessions, blondes ou brunes, mariées ou pas. Il n’y a que les moches qu’il n’aime pas beaucoup. Et celles qui se refusent à ses avances. Ce qui arrive rarement. Elles disent non, mais elles pensent oui.

« Bien sûr, en allant rejoindre le jeune Italien, elle savait à quoi s’attendre, mais cela la mettait mal à l’aise d’avoir fait l’amour avec son copain, aussi. Elle se consola en se disant qu’elle avait été violée, ce qui était un peu vrai. Ces deux jeunes gens virils lui avaient quand même fait passer un très bon moment. »

L’éternel féminin, voilà pourquoi les lecteurs s’arrachent les livres de Gérard de Villiers. En filigrane, depuis quarante ans, les 171 titres de la série SAS proposent aussi une impressionnante géographie des femmes, voire une anthropologie. Malko a fait le tour du monde et le tour des femmes. Pourtant, il en redemande. C’est un machiste optimiste, sûr de son fait. Qu’importe l’esprit des peuples, le corps des femmes suffit. Cela n’empêche pas l’esprit des peuples, cependant. Depuis quarante ans, donc, Gérard de Villiers vend entre 700 et 900 000 exemplaires par an des aventures de son célèbre agent secret free-lance, sans compter les traductions, ni les adaptations – si l’on en croit ses déclarations à Libération, en janvier de l’année dernière. Parler de cul, et c’est tout ? Non, bien sûr ce n’est pas tout. En plus, chez Gérard, les culs finissent par se ressembler, avouons-le.

L’autre grand sujet de SAS, à part les femmes, c’est l’actualité, le terrain brûlant, le conflit. Ancien journaliste, Gérard de Villiers travaille, dit-on, comme un journaliste, repérant toutes les villes et tous les pays avant son héros, enquêtant au plus près de l’actualité (et cela fait vendre des livres, aussi), entretenant – paraît-il – de fructueuses amitiés dans le milieu plutôt select du renseignement. Depuis l’affaire Clearstream, on sait par exemple que le général Rondot est un ami… Et un informateur. Car les SAS sont toujours bien informés. La dernière livraison, L’agenda Kosovo, présente avec un soin remarquable la situation politique et militaire au Kosovo, à quelques mois des tractations décisives de l’Indépendance – en décembre 2007. L’élève rend une excellente copie, il n’y a rien à dire. Sans compter que tout ce qui pourrait gêner (machisme, sadisme, racisme, esprit de classe, et on en passe) est mis au compte de ses personnages. C’est eux qui pensent cela, c’est eux qui le disent – parfois. Gérard est un malin : il a bien retenu la leçon de Baudelaire et de Flaubert. Les personnages, voilà les vrais coupables ! Rares sont les interventions de l’auteur où l’on a pu le prendre en flagrant délit – à part cette interview de 1981, à Minute, où il dit « voir d’excellentes choses dans le Front National » mais le journaliste a probablement déformé ses propos. Un Gérard ne se laisse pas attraper comme cela.

Finalement, ce qu’il y a de bien avec SAS, c’est que cela nous parle, à nous les hommes, de ce qui nous intéresse vraiment – quand la journée de travail s’achève, que les petits sont au lit et que Maîtresse a détaché les menottes : les (autres) femmes et la politique. Enfin. Merci Gérard !  

Gérard du Nord.

 

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